« L'Univers est vaste. Ses paysages, sa faune, sa flore, ses cultures et ses mystères sont d'une innombrable variété et l'histoire qui a façonné les mondes est trop longue pour être résumée. Ainsi, les érudits étudient et consignent les facettes de cette réalité en de larges ouvrages. C'est en l'un d'eux que vous trouvez réponse à vos questions. »
L'association de la Beauté au luxe et à l'argent est un synchrétisme assez récent. Auparavant, ces deux notions étaient bien séparées. - Chancey Norwich, Sorcière du Nord
Dans une petite ville des Monts Écarlates, un Panolis vante ses produits à une foule captive. “Faite de la plus fine soie importée directement de Karna, cette paire de gants est l’article à ne pas manquer de notre collection. Et je ne vous la propose pas à mille écus, pas à sept cents écus, mais bel et bien seulement à cinq cent quatre-vingt-d-”. Une voix, autoritaire, l’interrompt soudain. “Arrêtez immédiatement. Oberleutnant Franz Zimmel, de la Handelstruppe. Vous êtes accusés pour faux, usage de faux, et ventes de biens contrefaits. Toute tentative de résister sera vue comme une offense supplémentaire.”
Les mots du gardien de la paix de l’Empire semblent briser l’emprise du marchand sur la foule, qui commence à maugréer et protester. “Ah, je crois que vous m’avez pris la main dans le sac, Herr Franz” dit le Panolis, alors que l’Oberleutnant se fraye un chemin dans la foule. “Cependant…” Il lance la robe en direction de l’Oberleutnant, qui l’attrape sans peine. “A moi ! C’est ma robe, je voulais l’acheter !” D’un coup, la foule se presse autour du Dvar, menaçant de le submerger pour s’emparer de l’objet. Bien qu’il l’abandonne immédiatement, la cohue le ralentit, et il n’atteint sa cible qu’après une longue minute.
“Au nom du Kaiser… Je vous… Arrête !” dit-il, se saisissant de l’épaule du Panolis… Avant de passer au travers, le Panolis disparaissant et un symbole au sommet de son échoppe, auparavant invisible au sein du chaos ambiant, cessant de briller. Poussant à juron, le brigadier sort un dispositif de communication, avant de transmettre un message à son quartier général : “Le voleur récidiviste Lucce Vilfern est devenu un prêtre complet de Panol… Je répète…”
“Mon chérie, tu es absolument HI-DEUX !” dit Tario alors que son nouveau client se présente devant lui. “Heureusement, je suis spécialisé dans les cas désespérés ! Bien, commençons par voir quelles sont tes couleurs…” Dans la petite boutique du quartier riche de Corbel, le troisième fils d’une des grandes familles de la ville se met au travail. Depuis qu’il avait ouvert sa boutique il y a un an, il n’avait jamais regretté de laisser la politique derrière lui. Il ne comprenait décidément pas ceux qui s’y intéressaient, ne comprenaient-ils pas que le pouvoir derrière lequel il courrait n’était qu’une poussière face au Divin ? “Et voilà, mon choux, tu es absolument MA-GNI-FIQUE” dit-il en finissant les derniers traits de sa coiffure. Il avait dû utiliser une lotion karnique pour cette vilaine furoncle sur le nez, mais à part ça, tout était totalement naturel. Alors que son client s’inspectait dans le miroir, souriant à pleines dents face à son nouvel aspect, le Panolis sut que son travail était une réussite. Oui, il laisserait les affres de la politique aux autres : apporter la beauté sur le visage et dans le coeur des gens lui était amplement suffisant.
Le Culte de Panol est un des cultes les plus répandus de la Brèche. Grâce au prosélytisme des marchands Panolis, le culte a gagné une grande influence. Cette propagation a rendu l'Élégant Poème, l’équivalent des commandements pour ce culte, particulièrement connus, si bien que même les personnes cultivées ne vénérant pas particulièrement la Perfection Incarnée sont aptes à le réciter.
Sous le feu des regards, tu seras magnifique.
Tes oeuvres et actions élèveront ton public
Tandis que vers ton être tournera l’attention
Des foules qui, de ta serre, la Grâce trouveront.
C’est au fond de leurs yeux que tu Nous chercheras,
Et ceux de tes adelphes, partageant notre Foi.
Tu leur viendras en aide en sachant critiqué
Et être critiqué, car seul Nous sommes parfaits.
Cette propagation fait qu’il existe de nombreux temples et autels de Panol, certains se trouvant même dans des villes majoritairement dédiés à d’autres Dieux ou, par l’action de rares missionnaires, dans la Clairière Nord, au sein de tribues Dyrvars que les fils de la Beauté ont pu contacter. Malgré cette pluralité, un temple reste au-dessus des autres : l’Autel du Paon Illusoire de Corbel, dont la superbe n’est rivalisée que par sa copie conforme érigée à Karna. C’est en ce lieu que se concentrent les plus grandes cérémonies dédiées au Beau Dieu, et c’est là que commence et se termine la fabuleuse Parade de la Beauté de Corbel, à laquelle participe toute la ville.
Les marchands de Corbel sont également la principale source d’exposition des peuples de la Brèche aux miracles de Panol, qu’ils ne se privent pas d'utiliser. Tandis que les plus honnêtes se contentent des illusions données par celui-ci, pour capter l’attention des passants, d’autres, moins scrupuleux, utilisent ses dons pour des fins plus nocives. Ainsi, on parle de prêtres de Panol capable de tenir une audience si captive qu’elle ne réagissait pas alors qu’on lui faisait les poches, ou encore d’inciter le désir d’un objet chez un passant, vendant à un prix absurde une babiole ridicule.
Face à ces plaintes, les différentes puissances prirent action, étudiant en détails les Miracles du Dieu de la Beauté. Bien que de nombreuses zones d’ombre restent - notamment par l’intervention directe des Champions de la Beauté pour effacer certaines archives - un fait a été découvert avec certitude : certains pouvoirs semblent gagner en puissance avec la beauté du croyant. Ainsi, les arsenaux se sont adaptés, et il est désormais commun de voir, dans divers villes, des escouades de gardes spécialisées dans l’appréhension de criminels vénérant Panol, avec tout l’attirail nécessaire pour détourner l’attention du Dieu de la Beauté de leur cible.