« L'Univers est vaste. Ses paysages, sa faune, sa flore, ses cultures et ses mystères sont d'une innombrable variété et l'histoire qui a façonné les mondes est trop longue pour être résumée. Ainsi, les érudits étudient et consignent les facettes de cette réalité en de larges ouvrages. C'est en l'un d'eux que vous trouvez réponse à vos questions. »
Certains sont prêts à tous les sacrifices pour protéger leur foyer. Il y a dans cela quelque chose d'immensément triste, et d'éminemment poétique. - Chancey Norwich, Sorcière du Nord
Louis se tient en haut d’un des remparts du Fort de l’Alliance. Les éclaireurs étaient formels : ils arriveraient aujourd’hui. Ses mains sont serrées sur la hallebarde qu’il a ramassé il y a douze ans de cela dans la Vallée Messenne. Sa mère l’avait envoyé là pour faire ses preuves, pour se montrer digne de sa légende, et pourtant, même si loin de la ligne de front, le Moltös était terrifié.
Soudain, la corne sonne, dans les murs en contrebas. À l’orée de la Sylve, la silhouette des Skalds se dessine finalement. Immédiatement, plusieurs pièges s’activent sur le chemin des Skalds : plus longtemps les sauvages seront tenus à distance, et moins leurs forces ne subiront de pertes. Il les voit accélérer au loin, au travers des pièges, certains les esquivant tandis que d’autres les ignorent complètement, poussant des hurlements dans leur langue barbare.
Un bruit retentit à sa gauche, comme un sanglot étouffé. Par réflexe, Louis se tourne, hallebarde en avant, juste assez vite pour dévier le coup qui visait sa carotide. Un Skald se tenait là, marchant sur le mur à un angle peu naturel, au mépris complet de la gravité. Eux et leur magie impie. “À l’aide !” crie-t-il, alertant les autres légionnaires sur le mur. Certains partent chercher un des commandants, situé plus bas, alors qu’il lève sa lance, prêt à rési-
Un goût métallique envahit sa bouche, alors que le Skald n’est plus en face de lui, mais déjà derrière. Quand a-t-il… Alors qu’il essaye de se tourner, il sent son corps lâcher, alors que son buste tombe vers l’avant, d’une longue coupure au niveau de sa taille. Dans son champ de vision qui s’assombrit, il voit les mains de son opposant, pendant un instant de grotesques lames insectoïdes, redevenir des mains humaines. Avant que le froid et les ténèbres ne l’engloutissent, la dernière vision qui s’offre à lui est celle du Skald, léchant le sang ayant éclaboussé le coin de sa lèvre comme un affamé devant la promesse d’un festin.
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La créature était morte. Le grotesque assemblage, qui n’avait plus rien de Manar, venait finalement rendre son dernier soupire après des siècles à occuper cette frange des glaces, d’après les sagas. Proche de sa dépouille, un homme aux yeux d’ambres se tenait, une hache ensanglantée en main, l’autre plongée dans sa boîte crânienne afin d’en extraire le contenu. “Un de plus…”
Retirant finalement sa hache de la carcasse, l’homme jeta un dernier regard sur ce qui avait été autrefois un chasseur du clan du Loup. Il sent l’appel de la Faim, de la Chasse qu’il a déclenché et qui ne peut être arrêtée. Et, alors qu’il se penche à même le corps pour venir en dévorer la chaire crue, le vent du Nord semble porter un sinistre rire. “Krkrkrkrkr…”
Au milieu des terres glacées et impitoyables de la Clairière du Nord, pitié et décence sont des luxes que peu peuvent se permettre. Dans cet endroit maudit par le Froid et la Faim, où rien ne pousse, le seul moyen de subsister semble être de manger tout ce qui peut être trouvé, animaux comme Ars. C’est dans ce lieu désolé que vivent les clans Skalds, prédateurs et proies des Dyrvars de ce lieu. Dépourvus des avantages physiques de leurs ennemis, ils sont cependant prêts à tout pour réussir ne serait-ce qu’à survivre un jour de plus dans cet enfer blanc.
Nul ne sait exactement quand, ou comment, cela commença, mais ce désespoir les mena à conclure des pactes avec une entité aussi puissante que maléfique : la Faim. En échange de parties de leur âme, ceux que l’on nomme les Chasseurs peuvent s’emparer des pouvoirs des proies qu’ils dévorent, les utilisant pour défendre les membres de leur clan et leur permettre de subsister. En prenant ce marché, ils se savent cependant condamnés à ne jamais connaître le repos : après leur mort, leur âme ira à leur cruelle maîtresse, qui les dévorera pour l’éternité.
Malgré ce pacte, les Chasseurs n’ont pas le privilège de rester tranquille en attendant que la Faim ne collecte son dû : celle-ci aime s’amuser de ses jouets favoris, les tourmentant sans relâche dès que la nuit tombe. Cauchemars, hallucinations et crises de folie sont communs alors que ses tentacules de chair tentent de s’enrouler autour de l’esprit de ses proies. Leurs corps mêmes sont marqués par leur tortionnaire, certains traits bestiaux pouvant apparaître au fil de leur progression.
Face à cela, les Chasseurs ne peuvent compter que sur leurs proches, dernière ancre les tenant accrochés au réel, et même cela ne suffit pas. Alors qu’ils dévorent plus de proies, et que leurs pouvoirs grandissent, l’influence de la Faim sur leur esprit progresse également, jusqu’à ce qu’inexorablement, certains ne succombent. Se transformant en abominations de chair, amalgames de ce qu’ils ont chassé de leur vivant, ils deviennent des êtres mus uniquement par la volonté maléfique de leur patronne, vecteurs de sa puissance et folie, et devant être abattus sans merci.
Et pourtant, même face à ces risques, de nouveaux Skalds deviennent des Chasseurs chaque jour, n’ayant d’autres choix pour garantir l’accès des leurs à la nourriture. En effet, les pouvoirs garantis par la Faim sont aussi puissants et versatiles qu’elle n’est cruelle. Qu’ils s’agissent des chasses majeures, dotant le Chasseur de nouvelles capacités permanentes prises à ses proies, comme le vol ou le camouflage, ou encore des chasses mineures, leur permettant de reproduire, pendant de courts instants, les pouvoirs ou exploits physiques de celles-ci, cette force est nécessaire à la survie continue des Skalds dans le Nord, et à leur lutte quotidienne pour le simple privilège d’exister.