« L'Univers est vaste. Ses paysages, sa faune, sa flore, ses cultures et ses mystères sont d'une innombrable variété et l'histoire qui a façonné les mondes est trop longue pour être résumée. Ainsi, les érudits étudient et consignent les facettes de cette réalité en de larges ouvrages. C'est en l'un d'eux que vous trouvez réponse à vos questions. »
Il est bien mal avisé de manquer de respect à Fable. Après tout, même le meilleur plan a une part de chance. - Chancey Norwich, Sorcière du Nord
Il rentre enfin chez lui. Dans la rue, tous les regards se tournent vers lui, que ce soit le regard subjugué des petites gens ou les œillades jalouses et envieuses de ceux qui n’ont pas le dixième de son talent. Sa démarche est sûre. Il regarde droit devant lui, semblant faire abstraction de la foule grisée par ses atours, mais il arbore un sourire narquois qui trahit son excitation. Au milieu du passage, tous s’écartent, aussi bien pour lui que pour sa ribambelle de « collaborateurs » qui tirent autant de richesse et de trésors oubliés que de bibelots semblant venir tout droit des poubelles.
Devant un immense bâtiment tout de pierre blanche marqué du Trèfle, l’individu s’arrête. Face à lui, une double porte gigantesque. Deux serviteurs lui ouvrent alors la porte. Il entre. Ses bottes foulent les tapis rouges luxueux le menant à une pièce faite d’or et de marbre, gravée du sol au plafond. Des tables de jeux couvrent l’horizon. Du poker au black jack en passant par tous les dérivés de la roulette. Il est le roi de ce royaume et, pris d’une soudaine exaltation, il tape de sa canne. D’un coup, la salle titanesque se tait. Un silence d’or. D’admiration ou de crainte. Tous savent que leur chance vient de tourner. Un élégant panolis, s’approche du nouveau venu, lui tend un petit classeur tout en se baissant à sa hauteur et le salue d’un très sobre : « Monsieur Benedict. ». Son regard se lève alors, il n’a qu’un seul œil, l’autre est traversé par un trèfle majestueux à sept feuilles, et tandis que sa fine main attrape le classeur pour l’ouvrir, il sourit. Une fois de plus, le fabula a gagné, son établissement est le plus rentable à des centaines de kilomètres à la ronde.
Cette nuit-là, la ville flamboyait d’une beauté infernale : ciel vermeil, pavés pourpres, torches vacillantes et fumées noires s’élevant en tourbillons irréels. Les murs s’effondraient dans des grondements sourds tandis que la pluie criblait les armures comme des poignards. Un jeune homme hâve et blafard, réveillé par l’effondrement partiel du clocher sur sa cachette, s’enfuit paniqué à travers les flammes et les larmes d’un réveil abrupt.
Poursuivi par une horde de Manars enragés, il échappa de justesse à la chute de la tour, balayée par un choc démesuré, l’immense cloche écrasant ses poursuivants. Cent mètres plus loin, face à un colosse en armure, son épée, qui tenait plus de l’aiguille, se plia et se brisa. Alors que la hallebarde s’abattait, un projectile rebondit follement sur les pavés pour se loger dans l’œil du géant. Derrière le fuyard, un arbalétrier s’effondra, une flèche brisée plantée dans sa gorge, son sang formant un trèfle sur les pierres échaudé par la ville en proie aux flammes. Pris d’épuisement, il trébucha sur un cadavre envahi de trèfles, il chuta au moment où un boulet frolait son crâne pour s’abattre à ses pieds, y créant une brèche. Emporté dans les abysses de la ville, il disparut dans les ténèbres tandis que la bataille rugissait au-dessus, oubliant jusqu’à son nom et même sa présence en ces lieux.
Le Culte de la Chance est l’un des cultes les plus joyeusement répandus au sein de la Brèche. La Foi de Fable, comme la chance elle-même, fleurit depuis des temps immémoriaux, dans les tintements du tout premier jet de dé, celui de Fable lui-même.
Ses emblèmes sont le trèfle, simple mais rare, et le dé, à face variables, sous toutes ses formes. Les fidèles arborent le trèfle avec révérence, il orne une chevelure, habille une tenue ou encore tapisse un jardin. Fable n'est pas un dieu distant, il est la pièce qui tombe du bon côté, le vent qui souffle dans le bon sens, le numéro sur lequel on a parié. Ses prêtres se reconnaissent à leur optimisme contagieux et à leur habitude de toujours voir l'ouverture là où les autres voient un mur. On les croise partout où la vie mise sur l'imprévu : dans les tavernes des Terres Contestées, aux tables de jeu du Capitole ou même au cœur des batailles où tout espoir semble perdu.
Les règles de Fable sont des lois dicté à toute personne qui souhaiterait jeter les dés. Transgresser une règle est synonyme de provoquer une calamité.
Face aux choix, choisis moi.
Accepte ton destin et croise mon chemin.
Biaise le Hasard et devant moi tu t’acquiteras.
Laisse moi te sortir de ces mauvais pas.
Échouer est l’essence même du succès.
Le Culte de la Chance s’épanouit là où l’on refuse le fatalisme et attire une grande diversité de fidèles : dans les villes grouillantes, les expéditions risquées, les archéologues qui tombent sur des trappes dérobées menant au trésor.
Un prêtre de Fable invite la chance à tous ses rendez-vous : dans un duel contre un adversaire expérimenté, dans une enquête où ses méninges lui font défaut ou bien dans toutes ses autres aventures. Certains comptent sur leurs compétences ou leurs préparations, les enfants de Fable, eux, comptent sur les faces de leurs dés. Manipulant les courants de la Chance, ils la confèrent tout autour d'eux, poussant leurs dés et ceux de leurs alliés vers leurs faces les plus optimistes. A leurs côtés, la Chance s'exprime en grande pompe, une Réussite peut devenir un Miracle, un Échec une Calamité mais ces deux extrêmes peuvent aussi être appaisés. On raconte même que certains des prêtres du Grand-Trèfle jouent aux dés avec le divin, manifestant par les faces de leur jeu, d'étranges pouvoirs et dons d'origine variée.
La Chance ne se mérite pas : elle se célèbre. Ses prêtres ne cessent jamais de l’appeler, prêts à accueillir le prochain Miracle de leur Déité, cet être bienveillant qui, d’un simple jet, fait basculer le monde du bon côté.