« L'Univers est vaste. Ses paysages, sa faune, sa flore, ses cultures et ses mystères sont d'une innombrable variété et l'histoire qui a façonné les mondes est trop longue pour être résumée. Ainsi, les érudits étudient et consignent les facettes de cette réalité en de larges ouvrages. C'est en l'un d'eux que vous trouvez réponse à vos questions. »
De tous les mythes de création, je me dois d'avouer que celui des Kelts est le plus poétique. Si seulement la vérité pouvait en être autant... - Chancey Norwich, Sorcière du Nord
Il est dit qu’à l’aube des Temps, le Ciel et la Terre auraient enfanté les Quatre Dames. Le premier, voyant la terre, si vaste et vide, aurait versé une larme, la première goutte de pluie. Alors qu’elle s’écrasa au sol, Gwenaëlle, la Dame Bleue, sortit de celle-ci. Pendant longtemps parcourra-t-elle les étendues désolées de la Terre, à la recherche de quelqu’un avec qui discuter et partager sa vie. Mais nul ne répondit à ses appels, qui se contentaient de résonner vainement dans les monts et vallées.
Un jour, alors qu’elle appelait encore, un de ses cris fut pris par l’écho d’une grotte, et finit par atteindre les oreilles de la Terre. Celle-ci, constatant la vacuité de la quête de Gwenaëlle, choisit de répondre à ses prières, et fit germer un bourgeon. Intriguée, Gwenaëlle s’approcha de cette nouveauté dans ce monde stérile mais, lorsqu’elle le toucha, la fleur éclot et en sortit Eveline, la Dame Verte, la réponse de la Terre à son appel. Les deux vécurent ainsi longtemps ensembles, seules sur Terre, explorant chaque crevasse et chaque océan, comptant chaque étoile et chaque nuage. Mais la fleur de laquelle était sortie n’avait pas disparu et, bercée par le son de leurs rires et de leur joie, finit par devenir un fruit.
Ce fut Gwenaëlle qui remarqua en premier cette transformation, et elle sentait en elle que c’était là la naissance d’un autre être. Prise d’un instinct protecteur, elle demanda à Eveline de chanter à sa mère, la Terre, afin qu’elle érige une protection entourant le fruit, pour que le vent ne puisse l’abîmer, ne laissant qu’un trou au sommet pour que les rayons du soleil puissent le réchauffer. Puis, elle monta la garde, demandant à sa compagnonne d’aller chercher de l’eau pour que le fruit continue à se développer, alors qu’elle vérifiait que rien ne puisse l’atteindre. Eveline ne comprenait pas la fièvre qui semblait désormais habiter sa seule amie, mais s'exécuta, ne souhaitant que son bonheur.
Cependant, il était impossible d’écarter tout danger. Le Ciel, content de voir que Gwenaëlle était enfin heureuse, n’avait plus de raison de pleurer, et la pluie se fit de plus en plus rare alors que le soleil était de plus en plus chaud, si bien qu’un jour, le fruit qui était sur le point d’arriver à maturation pris feu. De ce feu sortit Morrigan, la Dame Rouge, qui vit le jour sous le triste son des pleurs de Gwenaëlle, qui tenta, en vain, d’éteindre le brasier, de protéger le fruit donneur de vie. Mais ni son intervention, ni les tentatives d’Eveline ne purent y faire quelque chose : le fruit était mort.
Gwenaëlle fut inconsolable, et pleura pendant de longs mois. Eveline tenta tout pour lui redonner le sourire, lui changer les idées, mais rien n’y faisait. Alors, elle tenta d’explorer le monde avec Morrigan, comme elle l’avait fait avec Gwenaëlle, mais la Dame Rouge n’est pas la Dame Bleue, et cela ne combla aucnement le creux dans le cœur d’Eveline. Alors, dans une ultime tentative, la Dame Verte retourna aux restes calcinées du fruit et, avec l’aide de Morrigan, qui se sentait coupable pour le prix qu’avait eu sa naissance, essaya de consoler Gwenaëlle en donnant une cérémonie en son honneur.
Ensemble, les trois Dames se réunirent autour d’un feu produit par Morrigan, dans lequel elles déposèrent le fruit. Ensemble, elles pleurèrent. Gwenaëlle, pour cette enfant qu’elle aimait tant, désormais perdue. Eveline, pour la peine que cette perte avait engendrée chez son amie. Morrigan, pour le rôle qu’elle avait joué dans celle-ci. Elles pleurèrent encore et toujours, jusqu’à ce que le feu s’éteigne de lui-même, et qu’elles ne tombent de fatigue. A leur réveille, les Dames purent découvrir avec stupeur la présence parmis elle, endormie parmi les cendres de l’âtre, de Kiara, la Dame Jaune, celle qui a trompé la mort.
Gwenaëlle embrassa Kiara et, pour la première fois depuis ce jour fatidique, sourit. Désormais heureuses et en harmonie, les Quatre Dames oeuvrèrent de concert pour arranger la Terre et la peupler. Insufflant leur essence dans les choses qui les entouraient, elles créèrent les arbres et les animaux, façonnèrent les vallons et arrangèrent les monts. Puis, alors que leur œuvre était presque terminée, Gwenaëlle eut une idée supplémentaire : pourquoi ne pas créer des êtres capables d’en apprécier la beauté, capable de liberté, et de façonner l’avenir ? Les autres Dames approuvèrent, et ainsi furent créés les Kelts.
Finalement, face à la Terre achevée, les Dames virent un dernier problème. Les Kelts étaient mortels, et allaient un jour mourir. Après leur éreintante vie, certains mériteraient, sans doute, un repos. Toutes se tournèrent alors vers Kiara, la seule capable de savoir ce qui se trouvait après la mort. Celle-ci leur confia le secret de la Brumeterre, lieu entouré de brouillard où vont l’âme des défunts digne après la mort, et comment y accéder.
Se décidant de s’y rendre pour à la fois s’y reposer, et préparer un lieu de repos pour les Kelts dignes, les Dames laissèrent leurs dernières leçons à l’âme la plus noble dans les corps le plus faible : Tuan Ruith, le premier Druide. Puis, dans un dernier sourire commun, elles s’enfoncèrent dans le Mur de Brouillard, guidées par Kiara. Depuis ce jour, la croyance Kelt veut que toute intervention des Dames dans le monde mortel se fasse par l’intermédiaire de jeunes femmes splendides aux oreilles en pointes, nées des fleurs et des fruits : les Fées.