« L'Univers est vaste. Ses paysages, sa faune, sa flore, ses cultures et ses mystères sont d'une innombrable variété et l'histoire qui a façonné les mondes est trop longue pour être résumée. Ainsi, les érudits étudient et consignent les facettes de cette réalité en de larges ouvrages. C'est en l'un d'eux que vous trouvez réponse à vos questions. »
Certains Neivars accusent parfois Karna de ne jamais accepter les Neivars, et de les juger sans prendre en compte leurs actions. C'est faux : il suffit juste de regarder l'offre que nous avons fait à Sven pour voir que nous sommes capables du pardon, quand il est mérité. - Chancey Norwich, Sorcière du Nord
Peu de choses sont sues avec certitude quant aux fléaux du Premier Âge, mais la seule vérité rapportée par l’histoire est bien la suivante : le chaos est né des Neivars. On dit qu’ils complotèrent autrefois avec de sombres entités afin de pousser le monde à la ruine et à la destruction pour tirer de ses cendres fortune, gloire et pouvoir. Cette quête les poussèrent à détruire l’Yggdrasil, à transformer la Brèche en un enfer cauchemardesque et à corrompre les êtres qui croisaient leur chemin. C’est par l’alliance de leurs victimes et des Lifars qu’ils furent défaits et des siècles durant, les restes de leur Empire et de leur peuple furent traqués et effacés. Ils étaient les pires ennemis de la Brèche et personne n’imaginait que les Gardiens de l’If, protecteurs du monde, pourraient compter l’un d’eux dans leurs rangs. Pourtant, les Lifars, dans leur infini compassion, en décidèrent autrement. Les Neivars sont des habitants de la Brèche et malgré leurs erreurs passées, ils méritent aujourd’hui d’y vivre. Ainsi, les Lifars observèrent les Neivars et offrirent le pouvoir à celui qui portait au mieux le titre de héros.
Un jour, les éclaireurs de Karna rapportèrent un mouvement suspect à la Cité des Alfars de Lumière. Un Neivar semblait fuir des Cîmes Azurées, fief de la tribu belliqueuse des Augnskai. Il hurlait à l’aide en accourant vers leurs portes. Encore une stratégie des Neivars pour tromper leur infinie générosité ? Ils ne se feraient pas avoir. Aussi, ils décidèrent de garder leurs portes closes, condamnant l’inconnu au Tribut. Après des années de survie en milieu hostile, le Neivar parvint à dresser une des créatures de la région afin de traverser la Sylve et d’entamer un tour du monde. Nul ne connaît les détails de ce voyage mais l’histoire racontera qu’il préparait dans l’ombre l’exploit qui le ferait bientôt connaître.
C’est plus de dix ans plus tard que l’homme désormais connu sous le nom de Sven se présenta aux portes de Karna, désormais marqué d’un âge avancé, cet état, chez un Neivar, semblant indiquer les dernières années de sa vie. Si les portes lui étaient toujours fermées, le Neivar ne semblait plus leur faire face, implorant, il leur tournait le dos avec confiance. Face à lui, loin à l’horizon, une lueur se dessinait. La tribu Augnskai quittait ses bois, armée de griffes, de démons et de magies interdites. Mais ils n’étaient pas seuls : le Leikaseekr d’antan était entouré de quatre créatures indicibles à la puissance mythologique dont la simple vision suffisait à faire sombrer dans la folie.
Les forces de Karna se mirent en branle et se préparèrent à la défense quand Sven s’exprima d’une voix si forte qu’on l’aurait cru portée par l’ouragan : “Les Premiers-Nés n’auront plus à connaître la peur et la mort des mains d’un ennemi vaincu. Moi, Sven, je mettrai fin à ta folie.” Soudain, quatre puissants cercles magiques s’illuminèrent aux quatre coins du Tribut et Sven annonça :
Ô puissances intangibles, seigneurs invisibles, retournez-vous contre les faibles qui font de votre grandeur leur arme et faites de leur foyer votre fief éternel. Puisse les fruits de mon voyage satisfaire votre faim.
Sur ces mots, les quatre calamités se mirent à ravager les lignes Neivars par la destruction et la folie et les poussèrent au repli dans leurs bois secrets. Ils suivirent leurs nouvelles proies dans les Cimes Azurées et cette région deviendra la prison des Augnskai ainsi que le tertre des Quatre Calamités pour les siècles à venir. Ayant repoussé l’offensive Augnskai à lui seul, la puissance déployée par Sven avait fini de pousser son corps au-delà de ses limites. Le vieil homme s’écroula au sol mais son sacrifice fut reconnu … puisque les Alfars décidèrent de sauver l’inconnu qui avait décidé de les protéger malgré leur rejet. Ce n’est que quelques temps plus tard qu’il fut invité à rejoindre les Gardiens de l’If et c’est ainsi au huitième siècle du Deuxième Âge que Sven devint le Garde-Fel, quatrième Immortel, représentant des Neivars dans la protection du monde.
Durant ses siècles de service, Sven était connu comme le plus discret des Gardiens, après le Garde-Cycle. On raconte qu’il usa de sa longue vie pour étudier les mystères de la Première Voie, des démons qu’elle convoque et que le savoir était sa première arme. N’appelant aucun démon ni aucune malédiction à son service, Sven voyageait à travers le monde, appuyé sur ce que l’on disait être une branche de l’Yggdrasil lui-même et usait de son savoir pour former au mieux les exécuteurs Maalkvi et tous ceux qui combattaient les démons. On dit que s’il n’a jamais pourfendu de démons de ses propres mains, ses mots étaient toujours écoutés de ceux-ci, aussi puissants soient-ils et qu’il parvenait toujours à négocier la fin de leurs exactions lors de ses très rares interventions.