« L'Univers est vaste. Ses paysages, sa faune, sa flore, ses cultures et ses mystères sont d'une innombrable variété et l'histoire qui a façonné les mondes est trop longue pour être résumée. Ainsi, les érudits étudient et consignent les facettes de cette réalité en de larges ouvrages. C'est en l'un d'eux que vous trouvez réponse à vos questions. »
Les armées spectrales de Jeanne était un spectacle époustouflant et irréel à voir à l'oeuvre. Je regrette qu'elles ne foulent probablement plus jamais la Brèche. - Chancey Norwich, Sorcière du Nord
S’il y a bien une des cinq grandes races de la Brèche qui porte au plus profond de son sang et de son histoire les traits des héros, il s’agit bien de la race des Manars. Malgré les différences propres à chaque ethnie, ils se révèlent tous comme de fiers combattants défendant leurs familles, leur territoire, leur histoire et leurs valeurs. Certains racontent que les plus grands héros du Premier Âge sont issus de leur sang et du Dieu-Roi à Magnhilde le Fléau-Blanc, même l’histoire moderne conte les exploits des représentants de ce peuple. Souvent en quête de gloire et de renommée légendaire, il était évident pour tous qu’un des leurs finirait par rejoindre l’Ordre et c’est vers une brave aventurière que les Lifars finirent par se tourner.
Jeanne était, au milieu du Deuxième Âge, l’héritière légitime du Seigneur d’Orval, maître du fief éponyme, vassal du Roi Frel de Damasius. Connue pour les mines d’or entourant son val, cette seigneurie exploitait les terres pour en tirer leur fortune et gagner en pouvoir comme en influence. Promise à la succession, Jeanne était destinée à diriger l’armée d’Orval pour répondre aux appels du Roi et se mesurer aux trois autres Royaumes Frel. Ce n’était pourtant, pour elle, pas ici que se trouvait la véritable menace car ces guerres ne relevaient que de l’Envie et de la Colère rongeant le cœur des Hommes. D’autres maux, plus vils, menaçaient le fief, le Royaume et même la Brèche toute entière depuis l’aube des temps.
Si tous combattaient déjà à l’époque les démons convoqués par les Neivars et les fous mettant la main sur leur savoir interdit, aucune force majeure ne se souciait des simples monstres : des gobelins aux trolls en passant par des créatures plus exotiques, certains les considéraient comme des races à part entière mais pour beaucoup, le manque de communication possible couplée au nombre d’accidents qu’ils provoquaient et à la présence régulière d’un démon (mineur ou non) aux traits similaires à eux à leur tête ont fait d’eux une catégorie à part dans les races de la Brèche. Ainsi, c’est eux que Jeanne décida de combattre. Elle tourna le dos au noble siège qui lui était promis et partit sur les routes, mettant sa force et celle de son arme au service des plus faibles contre les monstres et les menaces qui rôdaient autour d’eux.
Comme tout Frel, Jeanne d’Orval avait hérité d’une arme nourrie par les exploits de ses ancêtres : une lance-étendard portant le blason de la seigneurie d’Orval et baptisée Chanteroi. Maniée par tous les seigneurs d’Orval dès leur plus jeune âge, le fer de cette lance n’a que peu goûté le sang mais son blason a animé bien des cœurs sur les champs de bataille les plus désespérés. Connue comme la lance des seigneurs et des généraux, Chanteroi apporterait le génie militaire et la victoire au camp pour qui elle se hisse. Jamais seule, elle serait toujours accompagnée des soldats ayant juré de la défendre. Ainsi, les témoins des affrontements de Jeanne rapportent tous la présence à ses côtés d’une armée dorée, fantomatique, qui déchaînerait ses fantassins, ses archers et ses cavaliers sur les ennemis de l’héritière et dans le sillon de ses mouvements.
Sa renommée dépassa les frontières Frels lorsqu’elle déclara à elle-seule la guerre aux feuillesangs, des tréants sanguinolents qui pullulaient à l’époque dans le Royaume de Rubeus et les territoires limitrophes. Traquant ses ennemis un par un, Jeanne s’attira le courroux de Zalan, le Duc de Cinabre, un démon qui aurait usurpé le trône d’un petit duché éponyme du Royaume de Rubeus et qui commandait aux feuillesangs pour alimenter d’immenses réserves sanguines servant à ses sombres pouvoirs. Celui-ci finira par envoyer l’intégralité de sa horde dans une bataille finale contre elle, bataille où ils se feront tous annihiler, lui compris.
Ainsi reconnue de tous comme une véritable héroïne, Jeanne fit connaître sa légende au travers des frontières et brilla tant qu’elle offrit à sa lame un nouveau nom — et plus exceptionnel encore, un mot unique — Légion. Elle sera bien vite invitée par les Lifars à rejoindre les Gardiens de l’If et c’est ainsi au sixième siècle du Deuxième Âge qu’elle devint la Garde-Lame, troisième Immortelle, représentant des Manars dans la protection du monde. Ses apparitions ne seront que trop rares à partir d’ici, les légendes à son sujet contant son départ, sous ordre des Lifars, pour une guerre au-delà du commun et du visible. Ce n’est qu’à l’apogée du conflit contre la Wisehead que la Garde-Lame fera son retour dans la Brèche, gardant à elle-seule, grâce à son armée fantôme, plusieurs fronts dans le bassin Frel.